Comment former ses salariés à l'IA pour respecter l'AI Act ?
L'article 4 de l'AI Act demande des mesures pour favoriser la maîtrise de l'IA du personnel, adaptées au rôle et au contexte. Aucun certificat ni niveau précis n'est exigé. Méthode : cartographier, fixer des niveaux par rôle, choisir des formats, documenter, mettre à jour.
Un organisme vous démarche avec une « formation certifiante AI Act » présentée comme obligatoire pour tous vos salariés. Vous dirigez une PME de 30 personnes : la moitié utilise un assistant IA pour écrire, deux personnes ont monté des automatisations, et personne n'a jamais suivi de formation sur le sujet. Avant de signer quoi que ce soit, une question se pose : que demande vraiment le texte, et comment y répondre sans en faire trop ni trop peu ?
Mise à jour : octobre 2026
En bref : l'article 4 de l'AI Act demande aux entreprises qui utilisent l'IA de prendre des mesures pour favoriser la maîtrise de l'IA par leur personnel, en tenant compte du rôle et du contexte de chacun. Aucun certificat ni niveau précis n'est exigé. La méthode tient en cinq étapes : cartographier les usages, fixer des niveaux par rôle, choisir des formats, documenter, mettre à jour.
Que demande exactement l'article 4 depuis sa modification ?
Il demande des mesures, pas un résultat garanti ni un diplôme. Le règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026, dit Digital Omnibus, a réécrit l'article 4. Désormais, les fournisseurs et les déployeurs « prennent des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l'IA par leur personnel et les autres personnes s'occupant du fonctionnement et de l'utilisation des systèmes d'IA pour leur compte ». Le texte ajoute que cette obligation « ne contraint pas les fournisseurs ou les déployeurs à garantir un niveau spécifique de maîtrise de l'IA par un individu ».
La Commission européenne précise dans sa FAQ qu'il n'y a pas besoin de certificat et qu'un registre interne des formations ou autres actions suffit. Elle indique aussi qu'aucune formation obligatoire ni exigence stricte n'est imposée. L'article 4 s'applique depuis le 2 février 2025 ; les règles de supervision et d'exécution s'appliquent depuis août 2026. Pour le détail des entreprises concernées, voyez notre réponse sur ce que l'article 4 de l'AI Act demande aux entreprises, et sur la question de savoir si la formation des salariés à l'IA est obligatoire.
Retenez la nuance : l'obligation demeure, sa forme est libre. Une formation « certifiante » n'est jamais une condition de conformité.
Comment savoir qui former, et sur quoi ?
En dressant une cartographie simple : qui utilise quel outil d'IA, pour quoi faire, avec quelles données. Le texte vise le personnel, mais aussi les « autres personnes » qui utilisent l'IA pour votre compte : intérimaires, stagiaires, prestataires intégrés à vos équipes.
Pour chaque personne ou groupe, notez l'outil, la fréquence d'usage, les données manipulées et l'effet des résultats : un texte relu avant envoi n'a pas le même poids qu'une sortie qui influence une décision sur un client ou un candidat. L'article 4 demande justement de prendre en considération les connaissances techniques, l'expérience, l'éducation et la formation des personnes, ainsi que le contexte d'utilisation et les personnes à l'égard desquelles les systèmes sont utilisés.
Quels niveaux prévoir selon les rôles ?
Trois ou quatre profils suffisent dans la plupart des PME. La FAQ de la Commission suggère un socle commun : comprendre ce qu'est l'IA et comment elle fonctionne, savoir quelle IA est utilisée dans l'organisation, connaître ses opportunités et ses dangers. Pour un outil comme ChatGPT, elle cite le risque d'hallucination comme exemple de point à expliquer.
| Profil | Usage type | Contenu à couvrir |
|---|---|---|
| Utilisateur occasionnel | Reformuler, résumer, chercher des idées | Socle commun, erreurs et hallucinations, données à ne jamais saisir |
| Utilisateur régulier | Production quotidienne, données clients | Socle, vérification des résultats, règles internes de confidentialité, outils autorisés |
| Référent ou concepteur | Automatisations, agents, paramétrage d'outils | Fonctionnement des modèles, tests, journalisation, gestion des erreurs, contrôle humain |
| Direction | Choix d'outils, arbitrages | Obligations du texte, risques pour l'entreprise, critères de choix, pilotage |
Si vous déployez un système classé à haut risque, l'obligation de former les personnes chargées du contrôle humain s'ajoute à ce socle.
Quels formats retenir ?
Le format le plus adapté est celui qui colle aux usages réels de chaque profil. La Commission rappelle qu'il n'existe pas d'approche unique. Vous pouvez combiner un atelier interne animé par un référent, une formation externe pour les profils avancés, une charte commentée en réunion d'équipe, des fiches pratiques par outil, un accompagnement en binôme lors de l'arrivée d'un nouvel outil.
Privilégiez les cas tirés de votre activité : un commercial retient mieux une règle illustrée par l'une de ses propres propositions commerciales qu'un exposé général sur les modèles de langage.
Comment documenter et tenir à jour ?
Tenez un registre interne et révisez-le à chaque changement d'outil ou d'usage. Pour chaque action, notez : les personnes concernées et leur rôle, les outils visés, le contenu abordé, le format, la date et le support remis. Un tableur suffit.
Prévoyez des déclencheurs de mise à jour plutôt qu'un calendrier figé : arrivée d'un nouvel outil, nouvelle fonction IA dans un logiciel existant, embauche, incident ou erreur constatée. Une revue périodique de la cartographie complète le dispositif. En cas de contrôle, ce registre montre que des mesures proportionnées ont été prises ; la FAQ de la Commission indique que d'éventuelles sanctions tiennent compte de la nature, de la gravité et du caractère intentionnel ou négligent du manquement.
Exemple concret : une PME de négoce de 30 salariés
Prenons un scénario illustratif. Une entreprise de négoce de 30 salariés fait sa cartographie : douze personnes utilisent un assistant IA pour écrire, deux ont construit des automatisations qui trient les commandes, la direction envisage un outil d'aide à la tarification.
Elle définit trois profils. Les utilisateurs suivent un atelier interne sur le socle commun et les règles de la charte, illustré par leurs propres courriels. Les deux concepteurs suivent une formation externe sur la conception et le test d'automatisations. La direction consacre une réunion aux obligations du texte et aux critères de choix du futur outil.
Chaque action est inscrite dans un tableur partagé. Quand l'outil de tarification arrive, la cartographie est mise à jour et les personnes concernées reçoivent une session ciblée avant la mise en service.
Pour cadrer vos mesures au titre de l'article 4 et tenir votre registre, voyez notre accompagnement conformité à l'article 4 de l'AI Act.
Six formations courtes (Claude Code, Make, n8n, Notion, Airtable, agents IA), à Rennes ou à distance. Tarifs sur demande, devis sous 2 jours ouvrés.
Voir les formations à Rennes
À lire aussi : Vendeurs et IA : former en 10 heures sans casser la prospection.
Sources
- EUR-Lex : règlement (UE) 2026/1744 (Digital Omnibus), nouvelle rédaction de l'article 4 du règlement (UE) 2024/1689
- Commission européenne : AI literacy, questions et réponses
Article rédigé par Aurélien Page, fondateur d'Audiaa, agence IA et No Code à Rennes.